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15 janvier 2016

Lakay mwen : Trois mois à Port-au-Prince

  • Lakay mwen : Trois mois à Port-au-Prince

CAMÉLIA DION, stagiaire en communication et aux affaires publiques, PSIJ

Programme d’appui national à la structuration de l’entrepreneuriat haïtien (PANSEH)

Lakay mwen. C’est l’expression qui a donné le ton à mon séjour en sol haïtien. Signifiant, chez nous, à la maison, cette expression en langue créole m’a rapidement permis de comprendre à quel point les Haïtiennes et les Haïtiens se dévouent pour te rendre la vie plus agréable, du mieux qu’ils peuvent, avec les moyens qu’ils trouvent en appelant un ami d’un ami ou le cousin de la tante d’un ami. Espérant rencontrer des amis ou des personnes partageant des intérêts professionnels similaires, c’est finalement une deuxième famille qui est venue à ma rencontre. Une petite auberge sympathique, au bout de l’impasse Gabart, collée sur le bureau du PANSEH, située à PV pour les intimes. Pétion-Ville pour les expats.

Premier coup d’œil : tu ne sais pas à quoi t’attendre. On verra. Inchallah en arabe. Ou Si Dieu le veut comme les Haïtiens le disent si bien. Au final, ce sont des soirées assises à la réception avec les membres du personnel de l’auberge à regarder des émissions, des discours politiques et surtout des vidéoclips de kompa, danse locale rythmée.

Mwen ta renmen konnen … anpil bagay – ou en français : J’aimerais savoir … beaucoup choses. J’ai toujours trop de question. La campagne électorale et ses Monsieur Banane Nan – candidat à la présidence - je l’ai compris grâce à mes soirées devant le téléjournal de la chaîne métropole. On partage des bouchées de mamba sur un kassav ( ou bien du beurre de peanut sur un pain de manioc salé ), on prend une poignée de pistaches, puis on sirote notre Cola Couronne bien glacé. Ces soirées en famille, entre amis, entre collègues, chez nous, rue Gabart. Cette rue est probablement ma source de travail, de réconfort et d’adaptation depuis le tout début. Lakay mwen.

Entrepreneuriat. Entrepreneurs. Entreprenants. On découvre une toute autre facette de la valeur de l’entrepreneuriat dans les rues de Port-au-Prince. La débrouillardise, parfois ajoutée de basses flatteries, pour arriver à faire rouler ta petite business de jus naturel, de cordonnerie ou de fritay, soit le fast food local. Les rues en escalade de Pétion-Ville s’arpentent sans gps ou google maps. Tu y vas au flair, dans le sens du trafic chaud en évitant les taptaps aux intersections. Tu t’arrêtes à une boutique pour finalement y rester deux heures à attendre que l’averse finisse par passer. La pluie en décembre, c’est rare dit-on. Cela doit être une conséquence du changement climatique il faut croire. Deux heures à parler politique avec des dames haïtiennes qui ont l’âge de ma grand-mère. Elles me partagent du café Rebo et un bout de pain tartiné de mamba.

Manifestations. Détours. Trafic. Impasse rue Gabart. Mwen pa gen problem. Ailleurs, par contre, c’est une autre histoire. Une histoire de détours politiques, d’économie et de revendications qui s’accentuent, plus on s’approche du jour du deuxième tour des élections présidentielles. Mon directeur m’a dit que j’avais de la chance de vivre, au moins une fois dans ma carrière, un tel élan politique. C’est vrai, c’est un événement historique en Haïti et il serait faux de dire que mon séjour n’aurait pas été différent voire moins intriguant sans cette conjoncture unique à l’île d’Hispaniola. Vous aurez compris que le soleil n’est pas le seul facteur de la chaleur en Haïti. On verra bien qui peut tenir le kompa…politique.

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